
Dans la même lignée que nos discussions sur le « Marketing, un gros mot ? » où nous parlions de valeurs inversées entre « Marketing traditionnel » et « Alter Marketing », on peut s’interroger sur le terme d’agriculture raisonnée lourd de sens.
Quel meilleur exemple que notre langage pour mettre en exergue les incohérences de notre société. Si l’on accepte le terme d’agriculture raisonnée, c’est avouer pleinement qu’une autre forme d’agriculture est complètement irraisonnée et que cette dernière a donc complètement perdu la raison. Comme souvent les solutions d’une époque doivent savoir se renouveler une fois qu’elles atteignent leurs limites. L’agriculture irraisonnée est l’enfant d’un modèle où, à la suite des guerres, la famine régnait encore et il fallait à tout prix nourrir le plus grand nombre et c’est d’ailleurs dans cette lignée qu’est née la grande distribution. Mais il serait temps de réinventer notre approche et pour reprendre un mot très à la mode de changer de paradigme.
Le modèle dominant a également comme conséquence une labellisation des produits respectueux de l’homme et de l’environnement (Max Havelaar, Agriculture Biologique…) mais est-ce que, là aussi, le problème n’est pas inversé. Pourquoi ne pas plutôt étiqueter les produits issus de l’agriculture intensive ou porteurs d’OGM ? On aurait alors des stickers sur les produits avec « Attention, produits OGM ! », « Produits issus de l’agriculture intensive » ou encore « Produits dangereux pour la santé humaine à long terme »… C’est surement utopique mais est-ce que ce ne serait pas là du bon sens. On pourrait d’ailleurs prévoir une opération sauvage d’étiquetage en magasin. Vous venez ?







15 Commentaires pour ce billet
Le 06 mai 2010 à 10 h 13 min
Et « Attention ce produit contient de l’huile de palme! » y compris pour le bio
Le 06 mai 2010 à 10 h 16 min
OUI ! OUI ! OUI ! à l’étiquetage des produits issus de l’agriculture irraisonnée ! … et pourquoi pas sauvage !
Le 06 mai 2010 à 15 h 37 min
Complètement d’accord avec toi Laurent. Pourquoi serait-ce à ceux qui multiplient les efforts pour produire et vendre de façon plus respectueuse de toujours se justifier ? La norme serait donc de polluer, de nuire à la santé de ces consommateurs, sous-payer les producteurs et ceux qui voudraient sortir de ce système des originaux un peu illuminés. C’est le monde à l’envers. L’étiquetage serait une bonne idée pour ceux qui croient encore que le respect de l’environnement et le commerce équitable ne sont que des habillages marketing servant à soulager la mauvaise conscience le bobo urbain. ces gens-là réfléchiraient peut-être plus à leurs actes d’achats s’ils connaissaient le véritable impact (notamment sur leur santé) de ce qu’ils achètent.
Le 06 mai 2010 à 21 h 41 min
C’est sûr que par exclusion le terme « agriculture raisonnée » est plutôt très clair…
Il y a une idée et des mots qui ont du sens: l’ « Agriculture écologique intensive ».
Un mode de production agricole intensif mais qui utilise en masse des mécanismes écologiques pour augmenter la production. Exemple: utilisation d’insectes contre des maladies, utilisation de la biodiversité comme moyen de défense pour les plantes, technique de l’agroforesterie.
Un concept qui n’est pas parfait, mais qui a le mérite de proposer une alternative, et qui est complémentaire au Bio. Cette réflexion a été menée lors du défunt Grenelle de l’environnement 1 et son « porte parole » est Michel Griffon.
Le 07 mai 2010 à 10 h 07 min
Bonjour Pierre,
Est-ce qu’il cahier des charges derrière ces mots qui peuvent paraître antinomiques et est-ce que ce dernier exclut l’utilisation de pesticides et intrants de synthèse?
Le 07 mai 2010 à 13 h 39 min
Dans le mille! C’est bien pour cela que ce modèle est loin d’être parfait. Il n’exclut pas à 100% l’utilisation d’intrants de synthèse. Mais leur utilisation n’est pas la base de ce système et je pense que c’est tout l’intérêt de cette méthode.
Montrer aux agriculteurs fous du pulvé chimique que l’agriculture peut être intensive (« intensif » n’est pas un gros mot…) mais dans l’utilisation de pratiques respectueuses de l’environnement. Pour réduire au maximum l’utilisation d’intrants chimiques.
Comme un premier pas, un pied à l’étrier, une transition vers l’agriculture bio pour les agriculteurs qui seraient prés a sortir une croix et une gousse d’ail devant un champs bio (on n’est pas loin de situations comme çà dans nos campagnes…).
C’est mon avis mais je ne sais pas si c’est dans cet esprit là que quelques uns refléchissent à cette méthode d’Agriculture écologiquement intensive qui interpelle par son nom…
Pour en savoir plus, le lien vers le pdf:
http://www.agriculture-de-conservation.com/IMG/pdf/Agriculture_ecologiquement_intensive.pdf
Le 13 mai 2010 à 20 h 53 min
Je suis entièrement d’accord avec toi Laurent. Ca n’a pas de sens. Combien de fois j’ai pu me faire cette réflexion : n’est ce pas sur les produits traités que l’on devrait sticker un warning ? N’est pas dans ces produits memes que l’on AJOUTE ou modifie génétiquement quelque chose ? La logique voudrait que ce soit CES produits qui soient montrés du doigt.
Pour ce qui est de l’Agriculture Ecologique Intensive, je trouve l’idée séduisante dans le sens ou elle peut convertir les réfractaires au Bio mais sans vouloir extrapoler je trouve le concept contradictoire car selon moi Intensif = Excessif = Contre nature.
Le 14 mai 2010 à 13 h 01 min
Complètement d’accord pour l’étiquetage des produits issus de l’agricuture irraisonnée ! Comme Amélie, j’y ai déjà pensé, c’est juste plus logique. Et non, je ne pense pas que cela soit utopique
Le monde change.
Ce serait également une bonne chose que les produits commerce équitable de mon supermarché ne soient pas dans un rayon à part, mais répartis dans les différents rayons de leurs produits. C’est le cas pour le coton , mais pas pour le reste. Je pense que l’on se rendrait mieux compte que la différence de prix avec les autres produits n’est pas si grande. Egalement cela donnerait moins un effet marginal au commerce équitable, à part, (comme les produits diététiques …) mais aurait un effet plus convaincant : « ce sont des produits de consommation aussi, mais faites le bon choix… ». Quand on a sous les yeux un produit issu du commerce équitable, et les autres, la démarche est différente que d’aller acheter du commerce équitable en tant que tel. A mon sens, avec l’étiquetage, cela participe à la marginalisation de ce qui devrait devenir la norme.
Le 17 mai 2010 à 10 h 05 min
Ce qui montre bien que certains aspects de nos sociétés sont devenues la norme (lire à ce sujet L’empire de la honte de Ziegler) et que des valeurs universelles tel que le respect, le travail sur la durée et non sur le court terme, sont décriées et considérées souvent comme ringardes…
Le 02 juin 2010 à 17 h 25 min
Je suis d’accord sur le faite que ce ne devrait pas être à ceux qui font des efforts afin de fournir un produit de qualité, d’avoir à leur charge des contraintes de labélisation, ou de campagne d’information.
J’ai bien dit information car il s’agit d’amener le consommateur à réfléchir face à des choix, de faire renaitre un sentiment de responsabilité individuelle dans ses actes.
Et non de lui donner l’impression de bien agir en achetant un produit étiquetté « bon ou mauvais »
Notre état nounou nous submerge déjà suffisament de conseils: l’abus d’alcool est dangereux, manger fait grossir, venez découvrir le partage lors de la journée des voisins… et j’en passe et des plus ridicule
résultat? voyez par vous même
« C’est surement utopique mais est-ce que ce ne serait pas là du bon sens. »
Pour moi c’est une distopie
Un big brother même bio et équitable ne remplacera jamais les connaissances et la liberté.
Et c’est de ces 2 derniers, je pense, que l’on à besoin afin de (re)trouver une production et une consommation raisonnées.