bhopal

Minuit cinq dans la nuit du 2 au 3 décembre 1984. Un foudroyant nuage de gaz toxique s’échappe d’une usine américaine de pesticides construite au cœur de l’ancestrale ville indienne de Bhopal. Il fait entre seize et trente mille morts et cinq cent mille blessés. C’est la plus meurtrière catastrophe industrielle de l’histoire…

Dominique Lapierre et Javier Moro retracent l’histoire de cette tragédie dans le livre « Il était minuit cinq à Bhopal ». On comprend à la lecture de ce livre comment une telle catastrophe a pu arriver. Comment des hommes, d’une société multinationale, Carbide, construisent une « magnifique usine » à la pointe de la technologie en pensant pouvoir apporter aux paysans indiens des pesticides et leur permettre de sortir de la misère. Ils sont convaincus de bien faire et la promesse d’un marché gigantesque, justifie, à leurs yeux, cet investissement. Mais l’usine n’apporte finalement pas la rentabilité attendue et est, du coup, de moins en moins surveillée jusqu’au jour où…

Ce drame illustre parfaitement ce que l’on peut observer régulièrement dans notre société : > la recherche du profit comme unique but > et surtout un phénomène récurrent: le cloisonnement des responsabilités dans une multitude de salariés ou individus qui empêche une vision globale amont et aval dans les projets et de ce fait, une responsabilité individuelle.

Pourtant cette dernière est clairement engagée et les salariés ou individus d’une société devraient, si besoin, pouvoir refuser de coopérer ou effectuer des actes de désobéissance sociétal/civil si nécessaire. Mais dans les sociétés où le profit est l’unique objectif, l’énergie des individus n’est utilisée que pour accomplir les projets et le temps de réflexion, nécessaire au discernement individuel, trop souvent mis de côté. Il est temps de réinventer des modèles où la finalité de l’activité et des projets est régulièrement interrogée au-delà de critères purement économiques ; avec l’intégration des critères sociaux et environnementaux mais aussi du temps nécessaire à la réflexion pour une action collective responsable.

Ceci dit, les dirigeants de Carbide sont pleinement responsables de la mort de dizaines de milliers de personnes et n’ont pourtant jamais été condamnés…

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