Nos sociétés apprennent-elles de l’histoire et des civilisations précédentes ? Si on considère les grands chocs traumatiques du 20ème siècle, qui ont laissé des traces profondes, les générations futures auront comme défi de se rappeler, via la mémoire collective, que l’homme peut très vite déraper vers la barbarie profonde. Nous ne sommes « encore » que faiblement civilisés pour reprendre une phrase de Nicolas Hulot.

Pourtant l’histoire se répète encore et encore… On peut vite avoir le sentiment que nous apprenons très lentement et vivons dans une espèce de brouillard ambiant sans avoir appris en profondeur du passé. De nombreuses civilisations ont grandi, sont devenues puissantes et ont disparues (les incas, les vikings, les indiens anasazis…). D’après l’étude de Jared Diamond – biologiste de l’évolution – dans « Effondrement, Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie » (Editions Gallimard), il y a 5 critères qui rentrent potentiellement en jeu lorsque une société disparaît : > des dommages environnementaux > un changement climatique > des voisins hostiles (ou une ultra compétitivité) > des rapports de dépendance avec des partenaires commerciaux > les réponses apportées par une société, selon ses valeurs propres à ces problèmes.

Il y a 2 points clés à retenir :
> L’effondrement d’une société n’a jamais été imputable aux seuls dommages écologiques mais à la combinaison des facteurs ci-dessus et surtout en dernier lieu, aux réponses apportées par une société aux problèmes.
> La puissance ponctuelle de ces sociétés a rendu ces dernières complètement aveugles au regard des questions à apporter. Elles se sont toutes crues à un moment « ultra puissantes » et en dehors de tout danger réel imminent. Elles ont donc continué dans la même direction sans remettre en question profondément leur mode de vie jusqu’à rapidement décliner et disparaître. D’ailleurs plus qu’une société, ce sont des civilisations entières qui ont disparu.

Lorsqu’on regarde les 5 facteurs ci-dessus, nous correspondons parfaitement à ces critères. Et lorsqu’on voit l’issue du sommet de Copenhague, le manque de remise en question en profondeur, la « non perception » de l’urgence de la situation, on peut se demander si nous avons appris les leçons des civilisations qui nous ont précédées.

En abordant ce point avec Pierre Rabhi, lors de sa visite dans nos bureaux, il nous a raconté une histoire à méditer. Projetons-nous dans plusieurs siècles ou millénaires, imaginons un archéologue en train de faire des fouilles dans un Paris enseveli sous la nature, il pourrait lentement déterrer une pompe à essence Total, confondre cette dernière avec un totem et tirer la conclusion suivante: cette civilisation avait un Dieu qui s’appelait Total, elle avait d’ailleurs érigé partout des Totems en son honneur… Et il ne se tromperait pas complètement…
L’histoire nous dira si Copenhague a été le début d’un tournant historique où l’homme a saisi les enjeux fondamentaux qu’il devait relever ou si cela a été le rendez-vous manqué d’une civilisation mais qui, contrairement aux exemples ci-dessus, est mondialisée avec des réponses à apporter au niveau planétaire.

4 Commentaires pour ce billet

  • j’ai peur maintenant avec le fanatisme des catastrophistes.
    Pepito

  • C’est inquiétant.
    Mais il faut se battre et ne pas louer le Dieu Total ;-)
    C’est vrai que notre civilisation est planétaire et c’est une grande différence avec les déclins et disparitions de civilisations anciennes.
    Comme tu le dis les exemples sont nombreux et il y a souvent plusieurs versions pour chaque peuple. Par exemple l’île de Pâques, déforestation massive afin de transporter les statues ou arrivée des occidentaux, esclavagisme et abandon de l’île ?

    Un facteur commun à toutes ces catastrophes : le manque d’HUMILITE. Et ce manque d’humilité est aujourd’hui débordant, il nous fait honte à tous

    Les catastrophes seront peut être humaines (migrations, guerres civiles etc), environnementales et toucheront les pays du Sud. Au pied du mur et face à la contrainte un n ième Sommet de l’ONU accouchera alors peut être de grandes décisions. En attendant croyons en Nous et bougeons nous !

  • Dans le livre cité ci-dessus, il y a aussi des exemples de civilisation qui ont su apporter les réponses efficaces à leurs problèmes; elles avaient effectivement la volonté d’agir, une créativité au service des solutions mais aussi le fait d’avoir agit collectivement. Si le changement ne vient pas des grandes institutions ou mouvements politiques, agissons au niveau de chaque citoyen déjà simplement par nos actes de consommation en soutenant l’agriculture familiale vs l’agriculture intensive…

  • Laurent a raison, si chaque citoyen agit à son niveau, le monde changera, mais il est vrai que parfois on se sent découragé…
    Bonne année à toutes et tous, néanmoins !

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