Trader

Il serait intéressant de regarder nos actes au regard des conséquences et préjudices qu’ils peuvent faire subir. Si demain, je vole un paquet de biscuits dans un magasin et que je suis pris sur le fait, je vais avoir des ennuis juridiques, ce qui est tout à fait normal. Le préjudice commis au magasin reste relativement minime et une société se doit de condamner le vol à tout type d’échelle.  Si demain, je spécule, par opportunisme, sans prendre en compte les risques sur les marchés financiers, que mon acte a pour conséquence une baisse des cours des matières premières et une baisse de revenu rapide pour les petits producteurs, le préjudice pour ces derniers peut être humainement catastrophique. Les exemples ci-dessus sont volontairement caricaturaux mais illustrent le point soulevé suivant : notre société accepte légalement, encourage et rétribue de manière inacceptable des actes dont les préjudices peuvent être terribles.

Le manque de vision globale des enjeux nous amène à des situations absurdes : comment des traders peuvent gagner en bonus l’équivalent de 5 milliards de dollars quand l’économie mondiale vient d’être mis en péril et que les inégalités, en partie, dues aux fluctuations sur les cours des matières premières, sont grandissantes ?? Les actions et conséquences de nos sociétés du nord ont sûrement échappé aux intentions de départ mais à quand une volonté mondiale de régulation ? Est-ce que cette semaine, les dirigeants de Copenhague, vont savoir mettre de côté les intérêts de chaque pays, pour décider de façon collégiale, la somme allouée aux pays du sud ?

Cette émergence d’une nouvelle morale dynamique mondiale doit venir d’une nouvelle conscience planétaire ; et cette dernière doit naître en chaque individu. Si on mesurait l’impact de nos actes au regard de leur répercussion et si l’on en prenait la responsabilité, alors cette nouvelle régulation financière mondiale pourrait très vite se coupler avec un tribunal mondial où nous serons tous coupable. Coupable d’avoir appauvri notre planète et les populations du sud pour nous enrichir plus vite et bénéficier d’un relatif confort matériel. Et peut être coupable d’en avoir pris conscience trop tard.

Espérons qu’il n’est pas trop tard et que nos enfants ne nous jugeront pas comme une génération de barbare. Espérons que cette crise verra au moins l’émergence d’organes efficaces mondiaux pour apprendre à vivre simplement tous ensemble sur notre planète.

3 Commentaires pour ce billet

  • Une partie de ton post me fait penser à des passages du dernier livre de l’économiste Daniel Cohen « La prospérité du vice » dans lequel il affirme que l économie capitaliste n a que faire de la morale et que nous en sommes tous la caution. Une vision pas si fataliste que cela car la solution serait une rééducation culturelle et sociétale qui remettrait l économie au service des hommes et pas le contraire. Et cette rééducation est la responsabilité de chacun.
    Devenir des acteurs sociaux, économiques, culturels et politiques responsables. Tout cela peut se faire petit à petit, en tant qu’individu en écoutant plus et mieux les personnes que nous côtoyons chaque jour ; en tant qu’acteur commercial et économique en faisant le choix d’achats locaux, bio, équitables ou de modèles coopératifs ; en tant que citoyen de son pays en se faisant écouter et en agissant dans nos collectivités ; en tant que citoyen du monde en s’intéressant et en sentant le lien de notre mode de vie sur celui des populations des pays du Sud.
    Je suis d’accord avec toi quand tu dis que la responsabilité de nos actes sera la base, le socle d’une future régulation financière et d’une justice sociale mondiale. Mais je pense que la finalité n’est pas cet organisme de régulation, mais plutôt la révélation de cette conscience collective.

  • Pierre, pour faire suite à ton commentaire, un entretien Daniel Cohen / Matthieu Ricard paru sur le site de Madame Figaro :

    http://madame.lefigaro.fr/societe/en-kiosque/2442-entretienmatthieu-ricard–daniel-cohen

  • Oui l’éducation, la rééducation mais aussi demander une réduction de l’éventail des revenus. N’appartenons-nous pas tous à la même espèce?
    La nature en la matière est un bon guide. Elle fait souvent varier ses normes entre la moitié et le double. Regardez pour la taille des Humains par exemple.
    La fraternité augmenterait si on s’acheminait pas à pas vers ce type d’écart.

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