La ruée vers les terres arables : un nouveau système de colonisation ???
Tags : agriculture familiale, petits producteurs, sécurité alimentaire, terres arables

Nous nous battons quotidiennement à travers le commerce équitable afin de préserver la souveraineté alimentaire des petits producteurs avec lesquels nous travaillons. La rémunération fixée doit permettre de couvrir les coûts de production, de vivre dignement et également de réinvestir dans une culture vivrière locale. Une culture qui leur permet de se nourrir, de protéger la biodiversité et de ne pas être uniquement dépendant d’une culture d’exportation.
Afin de subsister et d’avoir une activité pérenne, les petits producteurs doivent se battre chaque jour contre l’agriculture intensive du sud (bien plus compétitive que les petites exploitations) mais également contre l’agriculture du nord (subventionnée par les états notamment pour rester compétitive face à l’agriculture intensive du sud).
A cette compétition et ce combat s’en ajoute un nouveau que l’on appelle la sécurité alimentaire. Pas celle des petits producteurs du sud, mais celle des pays qui peuvent et veulent s’offrir des terres pour se faire « un nouveau grenier à pain »! Sur toute la planète, c’est la ruée vers les terres arables. A l’origine du phénomène, l’augmentation du cours des matières premières (+ 52% en 2008) essentiellement à cause des agro-carburants et de la production de viande (soja et maïs OGM en tant qu’aliment pour les animaux).
Du coup, les états veulent se prémunir contre l’insécurité alimentaire. Ils accaparent donc des terres, via des fonds souverains ou sociétés parapubliques, dans les pays du sud à la recherche de capitaux. Les pays du Golf vont en Afrique, le Japon au Brésil, la Chine en Indonésie… Les annonces pour ces terres sont même publiés dans la presse internationale ! Les petits producteurs qui ne sont pas parvenus à rentabiliser leur activité se retrouvent alors dépossédés de leurs terres. Au mieux ils deviennent ouvrier agricole, au pire, ils vont rejoindre les rangs des bidonvilles…
Une agriculture familiale respectueuse de l’environnement disparaît alors pour laisser place à des grandes exploitations agricoles, déboisant à tour de bras et utilisant des produits favorisant les rendements à court terme (Monsanto, Cargill…).
Avec l’acquisition des terres arables, le risque d’un véritable pas en arrière est grand et pour le coup de tomber dans un système de « néocolonisation légalisée ». Les petits producteurs représentent environ la moitié du milliard de personnes sous alimentées de façon chronique et les travailleurs journaliers ne pourront également plus gagner leur vie si les petites exploitations disparaissent. L’acquisition de leur terre avec des fonds étrangers pose pour ces millions de personne véritablement un problème de vie ou de mort.
L’agriculture familiale bio et équitable pour laquelle nous nous battons est un levier clé pour sortir de manière pérenne les populations d’une pauvreté chronique et au vu des éléments ci-dessus, elle n’en devient que plus urgente et nécessaire !!! Le comble, c’est que ce phénomène s’appelle la sécurité alimentaire (de pays qui peuvent se le permettre) dans des pays qui souffrent chroniquement d’insécurité alimentaire !!!







4 Commentaires pour ce billet
Le 30 octobre 2009 à 12 h 57 min
C’est en lisant ce type d’article que l’on se rend compte de l’importance de l’agriculture et des terres non artificialisées.
Cela fait écho selon moi avec l’actualité récente de notre pays où certains agriculteurs n’arrivent plus à vivre de leur travail…. et ou on transforme les terres agricoles en parking ou en zones commerciales…
Selon le Ministère de l’écologie :
« de 1993 à 2003, les surfaces agricoles ont diminué de 81 000 ha par an et les zones urbaines ont augmenté de 60 000 ha par an. L’évolution de l’urbanisation dans les aires urbaines de 1990 à 2000 est marquée par une progression forte des surfaces occupées par les zones industrielles ou commerciales et par les réseaux de transport. »….
Ça fait réfléchir.
Je me demande si l’on se rend vraiment compte
Le 02 novembre 2009 à 10 h 40 min
Les petits producteurs dont la pérennité est menacée ne sont effectivement pas tous situés au sud du globe. Il y a une exploitation agricole qui disparait toutes les 20 secondes en Europe. Par contre, dans les 2 cas, au sud comme au nord, les causes qui provoquent ces disparitions se retrouvent dans l’intensif (qu’il soit d’origine agricole, industrielle ou lié à l’urbanisation…).
Un petit producteur qui s’arrête en France ne rejoint pas un bidonville; par contre personne ne reprend son exploitation, la vie quitte doucement un grand nombre de villages – le paysage y est d’ailleurs fortement modifié (c’est d’ailleurs pour cette raison que la biodynamie prône, au delà, du respect de la terre, du cycle des saisons, de l’influence du cosmos, un respect des paysages de nos campagnes pour une prise en compte globale de l’écosystème).
La solidarité avec les petits producteurs et leurs produits est aujourd’hui indispensable, au sud comme au nord, pour leur bien, notre bien et celui des générations futures. C’est une des clés du changement que l’on doit voir opérer pour vivre plus durablement et plus sereinement sur notre terre.
Le 11 mai 2010 à 17 h 36 min
Bonjour à tout le monde !!!
mon commentaire n’est peut être plus d’actualité vu que la date de l’article est du 30 octobre, mais ne dit on pas vaut mieux tard que jamais…ahah
J’avoue que l’idée de favoriser un commerce équitable et solidaire aussi dans nos territoires et nos régions me bote pas mal. C’est sûr que l’on ne va pas parler déforestation et cours du café mais bien de la fermeture du « café des sports », dernier bistrot du village, de l’inauguration du 10ème lotissement de villages vacances et de l’enterrement de Roger, centenaire et ancien agriculteur de son état, sans repreneur… Ces petites anecdotes montrent que le monde rural des zones Nord ou de l’Europe (je ne sais pas comment vous dites) est confonté à des enjeux différents mais tout aussi importants : maintien du tissu social, dévitalisation, artificialisation des milieux, perte de l’agriculture paysanne…
Une des solutions peut être le développement d’une économie solidaire basée sur le circuit court, la valorisation des produits locaux et d’une redistribution des richesses juste et équitable pour les producteurs. Histoire qu’on laisse une chance à l’éventuel successeur de Roger…Peut être même que Alter Eco peut l’aider en élargissant sa marque sur des produits alimentaires de nos campagnes (du nord !!): olives, miel, chataignes…mais aussi sur d’autres produits et savoir faire propres aux régions: concept de l’espadrilles du sud, du pull marin de bretagne (sans tomber dans le folklore).
Bref tout ça pour dire; l’action d’alter éco est bien identifiée sur le commerce de produits « exotiques », mais pourquoi ne pas développer le concept sur les produits des Pays du Nord qui répond à d’autres enjeux tout aussi importants ?
A tantôt,
Le 12 mai 2010 à 10 h 05 min
Cher David,
Nous sommes complètement d’accord sur le fait que les problématiques des agriculteurs du Nord sont très similaires à celles du Sud. Dans les 2 cas, leur pérennité est menacée et effectivement en France, cela se constate souvent par la non reprise de l’exploitation par la génération suivante. Et par des campagnes qui perdent leurs âmes et leurs petits commerces. Dans les 2 cas aussi, l’agriculture familiale est confrontée à la concurrence de l’agriculture intensive. Notre mission est de défendre l’agriculture familiale et la pérennité des petits producteurs, cela nous emmène donc à nous interroger sur les problématiques que vous citez.
Il est vrai qu’il symbolise bien le tissus social et le lieu de rencontre qui existe encore dans les villages actifs…
Une conséquence devra donc être la réouverture ou la continuité des cafés des sports
Merci pour votre commentaire et la qualité de son contenu qui nous touche beaucoup!